|
 |
|
LES FICHES TECHNIQUES |
Une technique
originale de séparation
liquide-liquide : La PERVAPORATION |
| C. PICHLER - H.
BRUSCHKE - G. FACQ |
|
La pervaporation est une technique tout à fait récente puisque la
première industrialisation de ce procédé remonte aux années 1980, période au cours de
laquelle la recherche a fait un grand pas en devenant capable de développer de grandes
surfaces de polymères sans défauts (apparition de la membrane industrielle).
Cet article présente les installations de pervaporation qui existent
sur le territoire français.
|
1 - LE PROCÉDÉ DE PERVAPORATION |
PRINCIPE
La pervaporation est une technique d'extraction ou d'épuration
consistant à séparer un constituant d'un mélange liquide en le faisant cheminer à
travers une membrane dense. Sous l'action d'une différence de pression partielle entre
l'amont et l'aval de la membrane, le liquide ayant le plus d'affinité pour cette
dernière la traverse par un mécanisme de solubilité-diffusion
(adsorption-diffusion-désorption). Les autres composants du mélange sont arrêtés par
la membrane qui constitue pour eux une barrière quasiment imperméable.

Principe de la technique
INTERET DE LA TECHNIQUE
Actuellement, la pervaporation ne peut être appliquée qu'à des
solutions liquides dont la teneur en produit à extraire est faible (inférieure à 20 %
par exemple pour l'extraction de l'eau de milieux organiques). Cette technique ne saurait
donc en aucun cas se substituer à des techniques de séparation classiques telle que la
distillation. Cependant, elle vient en complément de cette dernière pour le passage des
azéotropes qui constituent un barrage infranchissable pour la distillation classique.
La pervaporation possède un certain nombre d'avantages parmi lesquels
on peut citer :
- l'extraction à basse température (possibilité de séparer des
produits thermosensibles),
- la simplicité de conduite et de contrôle,
- la reproductibilité et fiabilité des performances,
- la flexibilité et possibilité de compacité de l'installation (modulaire),
- la pureté des produits obtenus (pas d'addition de tiers corps) et absence d'émission
polluante
- la faible consommation d'énergie (par rapport à une distillation puisque seule la
fraction du liquide extraite est vaporisée).
Ces avantages ne permettent pas de masquer certains inconvénients,
liés essentiellement à la jeunesse de ce procédé :
- le coût d'investissement plus élevé que les techniques
concurrentes (distillation ternaire, tamis moléculaire),
- le choix de membranes industrielles encore insuffisant et ne couvrant pas toutes les
séparations,
- la nécessité d'entreprendre des essais préalablement à tout dimensionnement pour
caractériser l'ensemble membrane/module/produit.
MISE EN OEUVRE
Le procédé comprend classiquement plusieurs postes : stockage des
liquides, chauffage des liquides, module de séparation (cur du procédé) dans
lequel se trouvent les membranes, condensation (pompes à vide, groupe froid). Sa mise en
uvre peut être réalisée par batch ou en continu, ce dernier mode de
fonctionnement se rencontrant plus couramment dans les installations industrielles.
Au laboratoire, la pervaporation est mise en uvre à travers un
ou deux modules. Le produit à traiter passe plusieurs fois dans le module de
pervaporation jusqu'à ce que les spécifications requises soient atteintes.
Industriellement, les différents modules nécessaires pour réaliser
la séparation ne sont parcourus qu'une. seule fois. Ils sont connectés en série, voire
en parallèle pour des raisons de procédé en fin d'opération quand il ne reste plus que
des traces (quelques ppm*) de produit à extraire.
Le flux de perméat est une fonction exponentielle de la température
du liquide d'alimentation. De ce fait, plus la température de l'alimentation est
élevée, plus le flux trans-membranaire est important. Pour maintenir ce flux le plus
élevé possible, la température de travail est couramment voisine de la température
maximale tolérée par les membranes organiques, soit environ 100°C. Les alcools traités
par pervaporation ont la plupart du temps des températures d'ébullition inférieures à
100°C. L'ébullition n'étant pas souhaitable, l'opération est menée sous pression afin
de maintenir l'alimentation liquide (quelques bar).
Pratiquement, afin de maximiser la force motrice du transfert (la
différence de pression partielle entre l'amont et l'aval de la membrane), la
pervaporation est réalisée en maintenant la face aval de la membrane sous pression
réduite (de l'ordre de quelques dizaines de millibars).
Dans ces conditions, le produit qui traverse la membrane (le perméat)
subit un changement d'état. Les vapeurs de perméat sont récupérées dans un ballon
collecteur après condensation sur une paroi froide (un échangeur à plaques, par
exemple). Pour opérer le changement d'état, le perméat puise la chaleur nécessaire à
la transformation dans le liquide d'alimentation, qui en conséquence se refroidit entre
l'entrée et la sortie du module membranaire. Pour maintenir le flux trans-membranaire
toujours le plus élevé possible, il est ainsi nécessaire de réchauffer le liquide
d'alimentation avant introduction pour séparation dans un second module (utilisation d'un
réchauffeur dit "intermédiaire").
LES MEMBRANES
Les membranes de filtration tangentielle sont poreuses (pores,
sélection par effet de tamisage) ou denses (tissage, sélection par
adsorption-diffusion). Elles peuvent être organiques ou minérales. Les membranes de
pervaporation sont des membranes organiques denses. Elles sont essentiellement de 2 types
: hydrophiles ou organophiles. Les membranes hydrophiles ont une forte affinité pour
l'eau. Celle-ci les traverse bien plus facilement que les matières organiques, qui sont
préférentiellement retenues. Leur couche active peut être par exemple en alcool
polyvinylique.
Les membranes organophiles ont une affinité pour les molécules
organiques bien plus forte que pour l'eau, qui dans ce cas est majoritairement retenue.
Ces membranes peuvent être par exemple en PolyDiméthylSiloxane (PDMS).
DOMAINES D'APPLICATIONS
Les applications de la pervaporation ne se ramènent pas à la simple
déshydratation du mélange eau-éthanol, comme il est souvent mentionné, même si cette
utilisation est sans conteste la plus répandue.
La pervaporation s'applique également pour :
- le passage des points azéotropiques,
- la déshydratation de solvants organiques pollués par des traces d'eau,
- l'extraction de polluants organiques d'un milieu aqueux,
-l'élimination en continu d'un composant d'un milieu réactionnel pour augmenter le
rendement d'une réaction chimique (exemple : estérification),
- des applications diverses telles la déshydratation de la bière, des vins et
l'extraction d'arômes.
La pervaporation permet donc essentiellement deux types d'applications
: déshydratation de solutions organiques ou extraction d'organiques de milieux aqueux.
La pervaporation se place dans un certain nombre de domaines, en
particulier dans l'industrie chimique, l'industrie pharmaceutique, l'industrie
agroalimentaire (distilleries)...
LES MODULES
Les modules qui contiennent les membranes existent en deux géométries
:
- modules plans dans lesquels les
feuilles de membranes sont empilées et alimentées en parallèle,
- modules spiralés, beaucoup plus
récents (1994), dans lesquels deux feuilles de membrane sont collées ensembles et
enroulées autour d'un tube percé de trous faisant office de collecteur de perméat.
Dans le premier cas, les modules sont obligatoirement placés dans une
enceinte étanche : la cloche à vide, qui contient souvent l'échangeur à plaques
utilisé pour condenser le perméat.
Pour les modules spiralés, il n'est plus nécessaire de disposer de
cloche à vide puisque le tube collecteur fait office de récepteur. Les installations
équipées de ces modules seront ainsi plus compactes.
|
2 - LES UNITÉS DE DÉMONSTRATION MOBILES D'EDF |
Le laboratoire Membranes de la Direction des Etudes et Recherches
situé sur le site des Renardières (77) travaille depuis 8 ans sur ce procédé et a
développé d'importants moyens de recherches, dont 3 pilotes d'essais. Deux pilotes
équipés de modules plans, ont été construits par la Société Gesellschaft Für
Trenntechnik (GFT). Le troisième pilote, construit par EDF selon une idée originale du
laboratoire, est destiné à mettre en uvre des modules spiralés.
Le premier pilote GFT, acquis en 1988, peut fonctionner avec
simultanément 4 modules de 1 mètre carré chacun, ceux-ci étant alimentés en série.
Ces modules, dont la "petite" taille est adaptée aux essais de laboratoire, ne
sont pas représentatifs des phénomènes d'écoulement intervenant dans une unité
industrielle.
| C'est pourquoi, en 1992, le
laboratoire Membranes acquiert la boucle d'essai P.E.P.I.T.TE (Pilote Expérimental de
Pervaporation Industrielle et Transferts Technologiques). La cloche à vide de PEPITTE a été dimensionnée pour
contenir deux modules de 5 m2 chacun, connectés en série ou en parallèle et
positionnés horizontalement ou verticalement. Les modules qui équipent PEPITTE sont de
dimension industrielle mais ils ne comptent que 26 membranes, alors qu'un module
industriel en compte en moyenne 4 fois plus (une vingtaine de m2 de membranes environ).
Le pilote PEPSI, Pilote d'Etude de la Pervaporation
Spiralée Industrielle, a été conçu pour tester les premiers modules spiralés mis au
point par GFT en 1994. |

Vue de la cloche à vide
du pilote PEPITTE d'EDF
(cloche transparente pour des
besoins expérimentaux) |
Ces pilotes sont montés sur skid et par conséquent déplaçables. Ils
peuvent être prêtés à tout industriel demandeur, pour la réalisation d'essais de
faisabilité notamment.

Pilote PEPITTE
|
3 - APPLICATIONS DE LA PERVAPORATION |
L'essentiel des applications industrielles actuelles de la
pervaporation se situe dans le domaine de la déshydratation de solutions organiques avec
notamment, la déshydratation d'éthanol et d'alcool isopropylique.
Pour la purification de ces produits, la pervaporation n'est une
solution que dans la mesure où les produits organiques à traiter contiennent moins de
20% d'eau. Elle ne saurait en aucun cas se substituer à une distillation classique, très
performante pour des concentrations supérieures à cette limite.
La pervaporation vient en aide à la distillation classique pour passer
les azéotropes qui sont un obstacle infranchissable pour cette dernière.
Ces azéotropes sont en général dans la limite de concentration
énoncée ci-avant.
Dans ce domaine d'applications, la pervaporation est confrontée à 2
techniques concurrentes : la distillation ternaire (tiers corps pour le passage de
l'azéotrope) ou l'adsorption sur tamis moléculaire (zéolithes).
LES ÉQUIPEMENTIERS
Sept constructeurs sont mondialement connus pour fournir tout le
système de pervaporation : membranes, modules et unité complète.
Parmi eux, GFT se distingue par ses performances : cette société est
leader mondial dans le domaine de la pervaporation. GFT est une division de Deutsche
Carbone, la filiale allemande du groupe Carbone Lorraine.
En 1984, elle construit sa première installation de pervaporation en
Autriche pour la société Vogelbusch. Depuis, elle a installé une centaine d'unités
réparties dans le monde entier, du pilote équipé de quelques m2 de membranes à la plus
grosse installation qui compte une surface membranaire de 2 100 m2. Les quatre références
dont nous allons parler maintenant ont été construites par GFT.
EXEMPLES D'UNITÉS DE PERVAPORATION FRANÇAISES
a) Distillerie de Brie - déshydratation d'éthanol
| La Distillerie de Brie à Provins
(77) abrite une déshydratation d'éthanol sur 480 m2 de membranes de pervaporation.
L'unité dispose de 4 types de fonctionnement selon les qualités d'éthanol requises.
Elle est équipée de 10 cloches à vide, chacune comprenant 2 modules de 24 m2 chacun. |

Unité de pervaporation de Provins |
L'avantage de cet équipement est sa grande flexibilité. Il est
possible de passer de l'une à l'autre cloche à vide. Cependant, l'unité a toujours
fonctionné à pleine capacité: production de 1 320 kg/h d'éthanol déshydraté entre 94
% et 99,8 % selon les campagnes.
En fonction de la pureté du produit fini et de sa teneur en eau, cet
éthanol est orienté vers diverses applications : industrie pharmaceutique, industrie
chimique.
Solvant
|
Ethanol |
Ethanol |
Ethanol |
Ethanol |
Concentration
Alimentation
Rétentat |
85,7%
99,8% |
93,9%
99,8% |
85,7%
99,95% |
93,9%
99,95% |
| Débit |
1195 kg/h |
1500 kg/h |
840 kg/h |
970 kg/h |
Consommations d'unités
vapeur
électricité |
195 kg/h
85 kW |
110 kg/h
85 kW |
145 kg/h
85 kW |
83 kg/h
85 kW |
Différentes qualités d'éthanol produites à
Provins
b) Expansla - déshydratation d'IPA (Iso Propyl Alcohol)
L'usine Expansia située à Aramon (30) produit des matières premières pour l'industrie
pharmaceutique et des produits intermédiaires pour la chimie fine. Ces produits sont
destinés à l'industrie pharmaceutique, la parfumerie, les cosmétiques, les produits
phyto-sanitaires et l'industrie photographique.
Cette usine possède une unité de pervaporation qui déshydrate de
lIPA sur 60 m2 de membranes. L'IPA est présent à 93,8% dans l'alimentation, le rétentat final
(240kg/h) en contient 99%. L'unité comporte une cloche sous laquelle se trouvent 4
étages de pervaporation, donc 4 modules de 15 m2 chacun.
c) Girex - déshydratation d'alcool isopropylique
Le site Girex situé à Quimper (29) appartient au groupe NEGMA.
L'usine produit 600 t/an de principes actifs et notamment du trihydroxyéthylutine. Le
marché aval concerné est la pharmacie. Cette usine sera prochainement équipée d'une
unité de pervaporation qui déshydratera de l'IPA de 87,3% à 99,5% sur 120 m2 de membranes. L'unité
disposera d'une seule cloche à vide qui contiendra trois modules à deux étages de 30 m2 chacun (15 m2 par étage); chaque étage
étant raccordé en série au suivant et un dernier module à double étage de 30 m2
également, mais dont les 2 parties seront raccordées en parallèle.
L'unité de pervaporation de Girex est destinée à la récupération
de solvants usagés.
L'alcool isopropylique est un solvant de plus en plus utilisé dans les
industries pharmaceutiques et électroniques pour remplacer les solvants chlorés qui
finiront par être interdits.
Il est donc important de pouvoir recycler ces solvants dans le
procédé, afin de réduire les rejets des usines et donc les coûts relatifs aux
traitements de ces déchets (incinération ou traitement spécifique pour les solvants
chlorés)
d) Sipsy - déshydratation de MTBE
Sipsy appartient au groupe JOUVEINAL. L'usine Sipsy d'Avrillé (49)
produit des principes actifs pharmaceutiques et des intermédiaires de synthèse hautement
élaborés. Les marchés avals concernés sont essentiellement l'industrie pharmaceutique
et la chimie fine. Cette usine s'est équipée en 1993 d'une unité de pervaporation qui
déshydrate du MTBE** de 98 % à 99,87 %, sur 64 m2 de membranes (débit de production de
MTBE déshydraté : 130 kg/h). Pour atteindre ces conditions opératoires, le MTBE doit
être condensé après la pompe à vide. L'unité possède une cloche à vide qui abrite 4
étages de pervaporation, soit 4 modules de 16 m2 chacun. Après ce traitement, le MTBE
est utilisé comme solvant dans la production de produits pharmaceutiques

Unité de pervaporation installée chez Sipsy
| |
Distillerie de Brie
(Provins-77) |
Expansia (Aramon-30) |
Sipsy (Avrillé-49) |
Girex (Quimper-29) |
produit
déshydraté |
Ethanol
de 94 à 99,8% |
Isopropanol
de 93 à 99% |
MéthyTedioButyl
Ether (MTBE)
de 98 à 99,87 % |
Isopropanol
de 87,3 à 99,5% |
Capacité nominale
(kg/h) |
1320 |
240 |
130 |
570 |
Surface
membranaire
(m2) |
480
(10 cloches) |
60 |
64 |
120 |
Dimension
de l'installation |
H = 3 m
L = 7,5 m
l = 2 m |
H = 4 m
L = 3,5 m
l = 2 m |
H = 3,4 m
L = 6,5 m
l = 2 m |
H = 5 m
L = 4 m
l = 2,5 m |
Consommation de
vapeur (kg/h) |
110 |
25 |
10 |
130 |
Consommation
électrique (kw) |
85 (*) |
5 |
2 |
10 |
| Prix de vente (FF) |
3.800.000 |
600.000 |
1.590.000 |
2.520.000 |
| Année de livraison |
1989 |
1993 |
1993 |
1996 |
(*) : avec condensation
Récapitulatif des caractéristiques des 4
unités
de pervaporation construites en France par GFT
Les grands marchés actuels de la pervaporation peuvent se
décrire comme suit :
1) la déshydratation d'alcool
isopropylique,
2) la déshydratation d'éthanol,
3) l'extraction d'eau du
milieu réactionnel et la séparation alcool/ester dans le procédé d'estérification,
4) le développement de
membranes pour le passage d'azéotropes d'alcools,
5) la récupération d'arômes.
Un nouveau type de séparation
est en train de voir le jour : la séparation organiques / organiques, l'enjeu actuel
étant la séparation aromatiques / aliphatiques, notamment dans le secteur pétrolier
(séparations énergivores) et la séparation alcool/ester comme par exemple éthanol/ETBE
ou méthanol/MTBE. Il reste dans ce domaine à développer les membranes adéquates.
La pervaporation est donc une
technique membranaire tout à fait originale qui perce lentement dans le milieu industriel
en faisant ses preuves.
Retenons essentiellement que ce procédé est
très simple d'utilisation et entièrement automatisable. Le pilote PEPITTE aux
Renardières est d'ailleurs là pour en témoigner, en dehors des réalisations
industrielles bien entendu.
Catherine PICHLER
Département Applications de l'Électricité dans l'Industrie EDF
Direction des Etudes et Recherches
Les Renardières - BP n°1 77250 MORET SUR LOING
Harmut BRUSCHKE
Deutsche Carbone A.G.
Membran Trennverfahren GFT
Friedrichsthaler Strasse 19
D- 66540 NEUNKIRCHEN
HEINITZ
Gérald FACQ
CENTRE EDF INDUSTRIE
Direction du Développement
3, rue de Messine
75008 PARIS
Tél : 01 40.42.45-30
|