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  LES FICHES TECHNIQUES
Une technique originale de séparation
liquide-liquide : La PERVAPORATION
C. PICHLER - H. BRUSCHKE - G. FACQ

La pervaporation est une technique tout à fait récente puisque la première industrialisation de ce procédé remonte aux années 1980, période au cours de laquelle la recherche a fait un grand pas en devenant capable de développer de grandes surfaces de polymères sans défauts (apparition de la membrane industrielle).

Cet article présente les installations de pervaporation qui existent sur le territoire français.

  1 - LE PROCÉDÉ DE PERVAPORATION

ball.gif (995 octets) PRINCIPE

La pervaporation est une technique d'extraction ou d'épuration consistant à séparer un constituant d'un mélange liquide en le faisant cheminer à travers une membrane dense. Sous l'action d'une différence de pression partielle entre l'amont et l'aval de la membrane, le liquide ayant le plus d'affinité pour cette dernière la traverse par un mécanisme de solubilité-diffusion (adsorption-diffusion-désorption). Les autres composants du mélange sont arrêtés par la membrane qui constitue pour eux une barrière quasiment imperméable.

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Principe de la technique

ball.gif (995 octets) INTERET DE LA TECHNIQUE

Actuellement, la pervaporation ne peut être appliquée qu'à des solutions liquides dont la teneur en produit à extraire est faible (inférieure à 20 % par exemple pour l'extraction de l'eau de milieux organiques). Cette technique ne saurait donc en aucun cas se substituer à des techniques de séparation classiques telle que la distillation. Cependant, elle vient en complément de cette dernière pour le passage des azéotropes qui constituent un barrage infranchissable pour la distillation classique.

La pervaporation possède un certain nombre d'avantages parmi lesquels on peut citer :

- l'extraction à basse température (possibilité de séparer des produits thermosensibles),
- la simplicité de conduite et de contrôle,
- la reproductibilité et fiabilité des performances,
- la flexibilité et possibilité de compacité de l'installation (modulaire),
- la pureté des produits obtenus (pas d'addition de tiers corps) et absence d'émission polluante
- la faible consommation d'énergie (par rapport à une distillation puisque seule la fraction du liquide extraite est vaporisée).

Ces avantages ne permettent pas de masquer certains inconvénients, liés essentiellement à la jeunesse de ce procédé :

- le coût d'investissement plus élevé que les techniques concurrentes (distillation ternaire, tamis moléculaire),
- le choix de membranes industrielles encore insuffisant et ne couvrant pas toutes les séparations,
- la nécessité d'entreprendre des essais préalablement à tout dimensionnement pour caractériser l'ensemble membrane/module/produit.

ball.gif (995 octets) MISE EN OEUVRE

Le procédé comprend classiquement plusieurs postes : stockage des liquides, chauffage des liquides, module de séparation (cœur du procédé) dans lequel se trouvent les membranes, condensation (pompes à vide, groupe froid). Sa mise en œuvre peut être réalisée par batch ou en continu, ce dernier mode de fonctionnement se rencontrant plus couramment dans les installations industrielles.

Au laboratoire, la pervaporation est mise en œuvre à travers un ou deux modules. Le produit à traiter passe plusieurs fois dans le module de pervaporation jusqu'à ce que les spécifications requises soient atteintes.

Industriellement, les différents modules nécessaires pour réaliser la séparation ne sont parcourus qu'une. seule fois. Ils sont connectés en série, voire en parallèle pour des raisons de procédé en fin d'opération quand il ne reste plus que des traces (quelques ppm*) de produit à extraire.

Le flux de perméat est une fonction exponentielle de la température du liquide d'alimentation. De ce fait, plus la température de l'alimentation est élevée, plus le flux trans-membranaire est important. Pour maintenir ce flux le plus élevé possible, la température de travail est couramment voisine de la température maximale tolérée par les membranes organiques, soit environ 100°C. Les alcools traités par pervaporation ont la plupart du temps des températures d'ébullition inférieures à 100°C. L'ébullition n'étant pas souhaitable, l'opération est menée sous pression afin de maintenir l'alimentation liquide (quelques bar).

Pratiquement, afin de maximiser la force motrice du transfert (la différence de pression partielle entre l'amont et l'aval de la membrane), la pervaporation est réalisée en maintenant la face aval de la membrane sous pression réduite (de l'ordre de quelques dizaines de millibars).

Dans ces conditions, le produit qui traverse la membrane (le perméat) subit un changement d'état. Les vapeurs de perméat sont récupérées dans un ballon collecteur après condensation sur une paroi froide (un échangeur à plaques, par exemple). Pour opérer le changement d'état, le perméat puise la chaleur nécessaire à la transformation dans le liquide d'alimentation, qui en conséquence se refroidit entre l'entrée et la sortie du module membranaire. Pour maintenir le flux trans-membranaire toujours le plus élevé possible, il est ainsi nécessaire de réchauffer le liquide d'alimentation avant introduction pour séparation dans un second module (utilisation d'un réchauffeur dit "intermédiaire").

ball.gif (995 octets) LES MEMBRANES

Les membranes de filtration tangentielle sont poreuses (pores, sélection par effet de tamisage) ou denses (tissage, sélection par adsorption-diffusion). Elles peuvent être organiques ou minérales. Les membranes de pervaporation sont des membranes organiques denses. Elles sont essentiellement de 2 types : hydrophiles ou organophiles. Les membranes hydrophiles ont une forte affinité pour l'eau. Celle-ci les traverse bien plus facilement que les matières organiques, qui sont préférentiellement retenues. Leur couche active peut être par exemple en alcool polyvinylique.

Les membranes organophiles ont une affinité pour les molécules organiques bien plus forte que pour l'eau, qui dans ce cas est majoritairement retenue. Ces membranes peuvent être par exemple en PolyDiméthylSiloxane (PDMS).

ball.gif (995 octets) DOMAINES D'APPLICATIONS

Les applications de la pervaporation ne se ramènent pas à la simple déshydratation du mélange eau-éthanol, comme il est souvent mentionné, même si cette utilisation est sans conteste la plus répandue.

La pervaporation s'applique également pour :

- le passage des points azéotropiques,
- la déshydratation de solvants organiques pollués par des traces d'eau,
- l'extraction de polluants organiques d'un milieu aqueux,
-l'élimination en continu d'un composant d'un milieu réactionnel pour augmenter le rendement d'une réaction chimique (exemple : estérification),
- des applications diverses telles la déshydratation de la bière, des vins et l'extraction d'arômes.

La pervaporation permet donc essentiellement deux types d'applications : déshydratation de solutions organiques ou extraction d'organiques de milieux aqueux.

La pervaporation se place dans un certain nombre de domaines, en particulier dans l'industrie chimique, l'industrie pharmaceutique, l'industrie agroalimentaire (distilleries)...

ball.gif (995 octets) LES MODULES

Les modules qui contiennent les membranes existent en deux géométries :

- modules plans dans lesquels les feuilles de membranes sont empilées et alimentées en parallèle,

- modules spiralés, beaucoup plus récents (1994), dans lesquels deux feuilles de membrane sont collées ensembles et enroulées autour d'un tube percé de trous faisant office de collecteur de perméat.

Dans le premier cas, les modules sont obligatoirement placés dans une enceinte étanche : la cloche à vide, qui contient souvent l'échangeur à plaques utilisé pour condenser le perméat.

Pour les modules spiralés, il n'est plus nécessaire de disposer de cloche à vide puisque le tube collecteur fait office de récepteur. Les installations équipées de ces modules seront ainsi plus compactes.

  2 - LES UNITÉS DE DÉMONSTRATION MOBILES D'EDF

Le laboratoire Membranes de la Direction des Etudes et Recherches situé sur le site des Renardières (77) travaille depuis 8 ans sur ce procédé et a développé d'importants moyens de recherches, dont 3 pilotes d'essais. Deux pilotes équipés de modules plans, ont été construits par la Société Gesellschaft Für Trenntechnik (GFT). Le troisième pilote, construit par EDF selon une idée originale du laboratoire, est destiné à mettre en œuvre des modules spiralés.

Le premier pilote GFT, acquis en 1988, peut fonctionner avec simultanément 4 modules de 1 mètre carré chacun, ceux-ci étant alimentés en série. Ces modules, dont la "petite" taille est adaptée aux essais de laboratoire, ne sont pas représentatifs des phénomènes d'écoulement intervenant dans une unité industrielle.

C'est pourquoi, en 1992, le laboratoire Membranes acquiert la boucle d'essai P.E.P.I.T.TE (Pilote Expérimental de Pervaporation Industrielle et Transferts Technologiques).

La cloche à vide de PEPITTE a été dimensionnée pour contenir deux modules de 5 m2 chacun, connectés en série ou en parallèle et positionnés horizontalement ou verticalement. Les modules qui équipent PEPITTE sont de dimension industrielle mais ils ne comptent que 26 membranes, alors qu'un module industriel en compte en moyenne 4 fois plus (une vingtaine de m2 de membranes environ).

Le pilote PEPSI, Pilote d'Etude de la Pervaporation Spiralée Industrielle, a été conçu pour tester les premiers modules spiralés mis au point par GFT en 1994.

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Vue de la cloche à vide
du pilote PEPITTE d'EDF
(cloche transparente pour des
besoins expérimentaux)

Ces pilotes sont montés sur skid et par conséquent déplaçables. Ils peuvent être prêtés à tout industriel demandeur, pour la réalisation d'essais de faisabilité notamment.

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Pilote PEPITTE

  3 - APPLICATIONS DE LA PERVAPORATION

L'essentiel des applications industrielles actuelles de la pervaporation se situe dans le domaine de la déshydratation de solutions organiques avec notamment, la déshydratation d'éthanol et d'alcool isopropylique.

Pour la purification de ces produits, la pervaporation n'est une solution que dans la mesure où les produits organiques à traiter contiennent moins de 20% d'eau. Elle ne saurait en aucun cas se substituer à une distillation classique, très performante pour des concentrations supérieures à cette limite.

La pervaporation vient en aide à la distillation classique pour passer les azéotropes qui sont un obstacle infranchissable pour cette dernière.

Ces azéotropes sont en général dans la limite de concentration énoncée ci-avant.

Dans ce domaine d'applications, la pervaporation est confrontée à 2 techniques concurrentes : la distillation ternaire (tiers corps pour le passage de l'azéotrope) ou l'adsorption sur tamis moléculaire (zéolithes).

ball.gif (995 octets) LES ÉQUIPEMENTIERS

Sept constructeurs sont mondialement connus pour fournir tout le système de pervaporation : membranes, modules et unité complète.

Parmi eux, GFT se distingue par ses performances : cette société est leader mondial dans le domaine de la pervaporation. GFT est une division de Deutsche Carbone, la filiale allemande du groupe Carbone Lorraine.

En 1984, elle construit sa première installation de pervaporation en Autriche pour la société Vogelbusch. Depuis, elle a installé une centaine d'unités réparties dans le monde entier, du pilote équipé de quelques m2 de membranes à la plus grosse installation qui compte une surface membranaire de 2 100 m2. Les quatre références dont nous allons parler maintenant ont été construites par GFT.

ball.gif (995 octets) EXEMPLES D'UNITÉS DE PERVAPORATION FRANÇAISES

a) Distillerie de Brie - déshydratation d'éthanol

La Distillerie de Brie à Provins (77) abrite une déshydratation d'éthanol sur 480 m2 de membranes de pervaporation. L'unité dispose de 4 types de fonctionnement selon les qualités d'éthanol requises. Elle est équipée de 10 cloches à vide, chacune comprenant 2 modules de 24 m2 chacun. 04.jpg (16108 octets)
Unité de pervaporation de Provins

L'avantage de cet équipement est sa grande flexibilité. Il est possible de passer de l'une à l'autre cloche à vide. Cependant, l'unité a toujours fonctionné à pleine capacité: production de 1 320 kg/h d'éthanol déshydraté entre 94 % et 99,8 % selon les campagnes.

En fonction de la pureté du produit fini et de sa teneur en eau, cet éthanol est orienté vers diverses applications : industrie pharmaceutique, industrie chimique.

Solvant

Ethanol Ethanol Ethanol Ethanol
Concentration
Alimentation
Rétentat

85,7%
99,8%

  93,9%
99,8%
 
85,7%
99,95%

93,9%
99,95%
Débit 1195 kg/h 1500 kg/h 840 kg/h 970 kg/h
Consommations d'unités
vapeur
électricité

195 kg/h
85 kW

110 kg/h
85 kW

145 kg/h
85 kW

83 kg/h
85 kW

Différentes qualités d'éthanol produites à Provins

b) Expansla - déshydratation d'IPA (Iso Propyl Alcohol)

L'usine Expansia située à Aramon (30) produit des matières premières pour l'industrie pharmaceutique et des produits intermédiaires pour la chimie fine. Ces produits sont destinés à l'industrie pharmaceutique, la parfumerie, les cosmétiques, les produits phyto-sanitaires et l'industrie photographique.

Cette usine possède une unité de pervaporation qui déshydrate de l’IPA sur 60 m2 de membranes. L'IPA est présent à 93,8% dans l'alimentation, le rétentat final (240kg/h) en contient 99%. L'unité comporte une cloche sous laquelle se trouvent 4 étages de pervaporation, donc 4 modules de 15 m2 chacun.

c) Girex - déshydratation d'alcool isopropylique

Le site Girex situé à Quimper (29) appartient au groupe NEGMA. L'usine produit 600 t/an de principes actifs et notamment du trihydroxyéthylutine. Le marché aval concerné est la pharmacie. Cette usine sera prochainement équipée d'une unité de pervaporation qui déshydratera de l'IPA de 87,3% à 99,5% sur 120 m2 de membranes. L'unité disposera d'une seule cloche à vide qui contiendra trois modules à deux étages de 30 m2 chacun (15 m2 par étage); chaque étage étant raccordé en série au suivant et un dernier module à double étage de 30 m2 également, mais dont les 2 parties seront raccordées en parallèle.

L'unité de pervaporation de Girex est destinée à la récupération de solvants usagés.

L'alcool isopropylique est un solvant de plus en plus utilisé dans les industries pharmaceutiques et électroniques pour remplacer les solvants chlorés qui finiront par être interdits.

Il est donc important de pouvoir recycler ces solvants dans le procédé, afin de réduire les rejets des usines et donc les coûts relatifs aux traitements de ces déchets (incinération ou traitement spécifique pour les solvants chlorés)

d) Sipsy - déshydratation de MTBE

Sipsy appartient au groupe JOUVEINAL. L'usine Sipsy d'Avrillé (49) produit des principes actifs pharmaceutiques et des intermédiaires de synthèse hautement élaborés. Les marchés avals concernés sont essentiellement l'industrie pharmaceutique et la chimie fine. Cette usine s'est équipée en 1993 d'une unité de pervaporation qui déshydrate du MTBE** de 98 % à 99,87 %, sur 64 m2 de membranes (débit de production de MTBE déshydraté : 130 kg/h). Pour atteindre ces conditions opératoires, le MTBE doit être condensé après la pompe à vide. L'unité possède une cloche à vide qui abrite 4 étages de pervaporation, soit 4 modules de 16 m2 chacun. Après ce traitement, le MTBE est utilisé comme solvant dans la production de produits pharmaceutiques

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Unité de pervaporation installée chez Sipsy

  Distillerie de Brie
(Provins-77)
Expansia (Aramon-30) Sipsy (Avrillé-49) Girex (Quimper-29)
produit
déshydraté
Ethanol
de 94 à 99,8%
Isopropanol
de 93 à 99%
MéthyTedioButyl
Ether (MTBE)
de 98 à 99,87 %
Isopropanol
de 87,3 à 99,5%
Capacité nominale
(kg/h)
1320 240 130 570
  Surface
membranaire
(m2)
480
(10 cloches)
60 64 120
Dimension
de l'installation
H = 3 m
L = 7,5 m
l = 2 m
H = 4 m
L = 3,5 m
l = 2 m
H = 3,4 m
L = 6,5 m
l = 2 m
H = 5 m
L = 4 m
l = 2,5 m
Consommation de
vapeur (kg/h)
110 25 10 130
Consommation
électrique (kw)
85 (*) 5 2 10
Prix de vente (FF) 3.800.000 600.000 1.590.000 2.520.000
Année de livraison 1989 1993 1993 1996

(*) : avec condensation

Récapitulatif des caractéristiques des 4 unités
de pervaporation construites en France par GFT

  4 - CONCLUSION

Les grands marchés actuels de la pervaporation peuvent se décrire comme suit :

1) la déshydratation d'alcool isopropylique,

2) la déshydratation d'éthanol,

3) l'extraction d'eau du milieu réactionnel et la séparation alcool/ester dans le procédé d'estérification,

4) le développement de membranes pour le passage d'azéotropes d'alcools,

5) la récupération d'arômes.

Un nouveau type de séparation est en train de voir le jour : la séparation organiques / organiques, l'enjeu actuel étant la séparation aromatiques / aliphatiques, notamment dans le secteur pétrolier (séparations énergivores) et la séparation alcool/ester comme par exemple éthanol/ETBE ou méthanol/MTBE. Il reste dans ce domaine à développer les membranes adéquates.

La pervaporation est donc une technique membranaire tout à fait originale qui perce lentement dans le milieu industriel en faisant ses preuves.

Retenons essentiellement que ce procédé est très simple d'utilisation et entièrement automatisable. Le pilote PEPITTE aux Renardières est d'ailleurs là pour en témoigner, en dehors des réalisations industrielles bien entendu.

  LES AUTEURS

Catherine PICHLER
Département Applications de l'Électricité dans l'Industrie EDF
Direction des Etudes et Recherches
Les Renardières - BP n°1 77250 MORET SUR LOING

Harmut BRUSCHKE
Deutsche Carbone A.G.
Membran Trennverfahren GFT
Friedrichsthaler Strasse 19
D- 66540 NEUNKIRCHEN
HEINITZ

Gérald FACQ
CENTRE EDF INDUSTRIE
Direction du Développement
3, rue de Messine
75008 PARIS
Tél : 01 40.42.45-30

 

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